Ouverture des commerces le dimanche ?

Sujet intéressant et d'actualité qui divise mais qui symbolise bien plus qu'un changement de pratiques  commerciales. C'est une évolution des comportements de vie et ce type de choix engage des mutations assez profondes. Sans revenir à l'antiquité, il est facile de constater que le commerce que je devrai appeler "l'échange" a toujours fait partie de l'évolution des civilisations.

Depuis toujours, il y a des peuples qui voyagent, qui échangent et des peuples qui sont moins migrants, moins préparés à l'échange permanent. Les grandes expéditions du XV, XVI et XVIIème siècles ont permis des découvertes qui vont bien au-delà du commerce mais ce fut également l'occasion de pratiquer de nombreux échanges de produits, de techniques qui ont véritablement enrichi les civilisations. Le commerce est un très bel outil pour alimenter cette formidable dynamique de l'échange et de l'enrichissement qu'il ne faut pas réduire à l'argent.

Vous  vous posez peut être la question, quel rapport avec l'ouverture du dimanche ?

Je ne peux pas détacher cette question de l'ouverture du dimanche, de l'esprit avec  lequel nous construisons notre société. Il y a des peuples qui aiment le commerce  dont la pratique fait partie de leurs vies et ils ne se posent pas la question en bien ou en mal. Il y a des peuples pour lesquels le commerce semble être réduit à une invention pour consommer où chaque évolution peut être vécue comme une contrainte ou une avancée négative. Non, le commerce n'est pas une invention moderne, c'est le plus vieux métier du monde et il fait partie de la VIE des cités. Ne voit-on pas des communes perdre leurs commerces et les habitants le regrettant ? Est-ce la faute aux règles d'implantation, à la concurrence, aux commerçants ou aux habitants qui n'achètent pas dans ces commerces de proximité ? Cette petite introduction me semblait nécessaire pour expliquer qu'il est impossible actuellement de trancher pour un oui ou pour un non sans débattre du fond. Les changements dans ce domaine sont toujours plus difficiles pour les peuples dits peu « commerçants ». C'est un véritable choix de société où les intérêts économiques, seuls, ne peuvent suffire à la prise de décision mais c'est également une évolution qu'il est impossible d'ignorer.

A l'instant « t », les opinions ne semblent pas prêtes pour le oui. La législation du travail, la notion de repos dominical, l'organisation de la société française ou de nombreuses associations sportives et culturelles, déploient leurs activités le Dimanche. Ces quelque exemples ne sont qu'une petite illustration des freins au « OUI ». Ces points alimentent la position du non qui a pour motivation principale de préserver un certain équilibre. Cependant, le débat doit s'engager. Les consommateurs, c'est-à-dire NOUS, les mêmes qui sont impliqués dans les associations et autres activités et qui prônent l'équilibre, fréquentent eux aussi les commerces ouverts le dimanche. La recherche du bien-être et du meilleur équilibre doit faire partie de nos motivations mais ne prenons pas de posture de principes car le monde bouge, les nouvelles générations n'ont pas les mêmes attentes. Qu'on le veuille ou non, nous sommes dans un monde économique et le rôle des institutions quelles qu'elles soient portent la responsabilité de faire évoluer les règles qui permettront à chacun de  trouver sa place.

Evitons la relation d'opposition « petit commerce contre grand commerce, centre-ville contre périphérie, indépendants contre groupe financier ou franchises, travail contre loisirs etc ». Evitons ainsi d'alimenter un faux débat entre l'économique et le confort de vie. Ne nous trompons pas de débat.


Où allons-nous consommer ?

Réfléchissez quelques instants sur votre manière de consommer. Les critères de choix sont souvent multiples : la qualité, le prix, l'accueil, la praticité, la proximité... Combien choisissent selon les critères évoqués dans la relation d'opposition du type « petit contre grand » ? Le choix dudit « petit commerce » se fait pour une ou des caractéristiques qui font sa force comme l'accueil, la proximité ou la fraicheur du produit  et le choix du  « grand commerce »  parce qu'il a plus de choix, un parking, une facilité d'accès ou autre. Le choix du commerce est toujours motivé par une raison qui est un véritable « PLUS », un vrai « GAIN » pour le consommateur que nous sommes à ce moment.


Il en est de même pour le Quand ?

Les journées sont parfaitement planifiées et l'emploi du temps suit les horaires et le rythme du travail. Les semaines sont organisées et les Week End anticipés. L'acte d'achat pour couvrir ses besoins en produits de première nécessité, (nourriture, déplacements...), en produits plaisirs (sport, culture), etc  vient se loger dans un emploi du temps déjà bien rempli. Mais l'ouverture du dimanche va-t-elle répondre à ce qui peut être vécu comme un manque de temps pour faire ses achats sur la semaine ou l'ouverture du dimanche répond elle à d'autres critères ?

L'ouverture du dimanche ne peut pas être une réponse globale. L'ouverture du dimanche ne doit pas répondre à un manque de temps pour consommer, encore moins à une solution de facilité. Il n'est pas certain qu'elle soit génératrice de chiffre d'affaires supplémentaire pour tous. Il faut éviter la fuite en avant en imaginant des jours meilleurs grâce à une plage d'ouverture plus grande. L'ouverture du dimanche doit répondre à de vrais critères objectifs de gain pour le consommateur. Sont-ils tous rassemblés pour justifier ce choix, je n'en suis pas certain. D'autant que l'approche sera obligatoirement différente d'un secteur d'activité à l'autre. Prenez pour exemple, l'achat d'une baguette le dimanche matin, cela ne relève pas de l'organisation du consommateur mais du plaisir recherché et ce n'est pas la même approche que de se faire couper les cheveux un dimanche après-midi. L'achat du pain frais le dimanche matin fait partie du métier, des arguments du boulanger et du plaisir du consommateur. Le rendez-vous chez le coiffeur peut se loger dans l'emploi du temps  d'une semaine en sachant qu'ils sont ouvert du lundi au samedi soir pour la plupart.
Nous pouvons également intégrer dans ce débat la notion géographique où les sites très touristiques n'ont pas les mêmes rythmes qu'une structure commerciale en monde rural.
N'oublions pas le commerce de l'Internet qui est ouvert 24h/24 et 7j/7, une activité qui vient en concurrence directe avec les commerces traditionnels. Pour parler d'équilibre, nous devons intégrer cette donnée dans la réflexion de l'évolution des jours ouvertures.

Cependant, le cas par cas n'est pas une solution et nous devons bien nous positionner sur une règle. A ce jour, l'ouverture du dimanche relève plus des habitudes de certains métiers et des contraintes liées à la législation du travail que d'une stratégie structurée.
Pour commencer un débat, il faut quelques pistes, alors permettez-moi d'en ouvrir quelques unes. Si nous disions,  « que seuls les commerces dont la durée de vie des produits est très courte (frais et ultra frais), avaient le droit d'ouvrir le dimanche, que les grandes surfaces et les centres commerciaux n'auraient pas le droit, compte tenu de leurs très grandes plages d'ouverture du matin au soir du lundi au samedi, que les commerces de biens d'équipements (meubles, cuisines, voitures) ou les décisions sont collégiales et familiales et que seul le dimanche peut permettre d'avoir ensemble les décideurs auraient le droit à quelques dimanches par an, que les commerces a forte saisonnalité auraient le droit à quelques dimanches par an et que les commerces de centre-ville structuré en association pourrait bénéficier de quelques dimanches par an » ?
Le débat est ouvert...


Eric Grelier

Vice-Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Maine-et-Loire

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